MATCH REPLAY. Le jour où... Luciano Re Cecconi réalise le hold-up presque parfait.

Les meilleures blagues peuvent parfois virer au drame et se retrouver dans la rubrique fait divers des journaux. C'est le cas du malheureux Luciano Re Cecconi qui n'est plus là pour témoigner, pris à son propre jeu et auteur d'un scénario mal ficelé où l'humour noir rejoint un mauvais polar de série B. Et pour cause, le défenseur international de la Lazio, qui s'apprête à faire son retour dans l'équipe type après une vilaine blessure contractée contre Bologne (victoire 3-0) qui l'éloigne des terrains depuis la fin du mois d'octobre 1976, ne portera plus le maillot laziale par la faute non pas d'une rechute ou de complications quelconques, mais de ses vannes douteuses à plomber l'ambiance.

C'est un mardi comme un autre ce 18 janvier 1977. Luciano Re Cecconi, qui s'entraîne seul depuis quelques semaines au stade Flaminio, rejoint ses coéquipiers et amis Pietro Ghedin et Renzo Rossi dans la soirée pour dîner au restaurant. Une bonne bouffe autour d'un bon petit plat. A l'heure de payer l'addition, Rossi quitte ses compères. Autre chose à faire. Le duo décide alors de rendre visite à un ami commun, George Fraticcioli, qui tient une boutique de parfums. Après les retrouvailles, ce dernier invite les deux laziali à l'accompagner chez un client bijoutier à qui il doit livrer quelques flacons sur la via Nitti dans le quartier de Flaminio.

Il est 19h30, l'heure de la fermeture, quand les trois hommes pénètrent dans la bijouterie de Bruno Tabocchini. Le moment choisi par Luciano de jouer au grand bluff. Le col de son imper relevé, une main dans la poche simulant un pistolet, l'idole du stadio Olimpico hurle à la cantonade : « Hauts les mains, peau d'lapin, la saucisse en maillot de bain, c'est un hold-up ! » Seulement le taulier des lieux n'est pas très piscine et plutôt échaudé par les tentatives de vol dont il fut la victime à plusieurs reprises. Ayant pris l'habitude de porter un revolver sur lui, le bijoutier tire sur ce qu'il croit être un voleur d'autant qu'il n'est pas trop porté sur le foot et ne reconnaît pas son agresseur. Re Cecconi, qui a à peine le temps d'esquisser un « c'est une blague, c'est une blague » tombe par terre. Son complice et partenaire sur le terrain qui l'accompagne dans ce mauvais coup, dévoile aussitôt son visage et lève les mains en l'air. Par chance, Tabocchini le reconnaît et cesse la fusillade. Quand Ghedin se penche sur son coéquipier pour lui signaler que la plaisanterie est terminée, Luciano Re Cecconi gît au sol dans une mare de sang, atteint d'une balle en pleine poitrine. Le défenseur italien succombe à ses blessures une ½ heure plus tard avant d'arriver à l'hôpital. Il venait de fêter ses 28 ans un mois plus tôt. Le bijoutier est arrêté puis inculpé avant d'être acquitté trois semaines plus tard au titre de la légitime défense. Comble d'ironie, Luciano Re Cecconi est le seul joueur de la Lazio de l'époque à ne pas posséder d'armes à feu chez lui. Son fils Stefano, deux ans au moment des faits, conteste depuis le verdict du tribunal, soutenus par des anciens partenaires de son père (Luigi Martini et Vincenzo d'Amico). Leur défense ? La réserve affichée par Re Cecconi avec les gens hors de son cercle d'amis qui ne l'autorise pas à produire tel acte de folie. Par ailleurs, Tabocchini n'avait pas hésité à tirer quelques mois avant le drame sur des voleurs blessés. Une manière de réhabiliter la mémoire de son père. Sans certitude.


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