AJAX AMSTERDAM 1987-88.


AJAX AMSTERDAM 1987-88.
En Haut : Dennis Bergkamp, Sonny Silooy, Rob de Wit, Stanley Menzo, Ronald Spelbos, Erik de Haan, Arnold Scholten, Jan Sorensen, Frank Verlaat.
Debout : Barry Hulshoff (ent.), Spitz Kohn (ent.), Dick de Groot (ent.), Cees Koppelaar (ent.), Alastair Dick, Petri Tiainen, Hennie Meijer, Aron Winter, Danny Blind, Erik Regtop, Peter Boeve, Ton Bruis Slot (coordinateur technique), Frans Hoek (ent. gardiens), Bobby Haarms (ent.).
Assis : Pim van Dord (physiothérapeute), Edo Ophof, Arnold Mühren, Frank Rijkaard, Johnny Bosman, Johan Cruijff (directeur technique), Frank Stapleton, Johnny van't Schip, Jan Wouters, Rob Witschge, Sjaak Wolfs (intendant).

Le VFC au musée des Verts.

L'Association Sportive de Saint-Etienne a fêté ses quatre-vingts ans en grande pompe la saison passée en ramassant au passage une coupe de la Ligue (après tout c'est un trophée), et avec l'ouverture de son musée, inauguré le 20 décembre dernier par le binôme présidentiel stéphanois (Bernard Caïazzo-Roland Romeyer) et le gratin politique local. Un événement qui fait date puisque l'ASSE devient à l'occasion le premier club en France à ouvrir son musée, comme il en existe dans la plupart des grands clubs étrangers. « Et s'il y a bien un club qui mérite son musée, ajoute son directeur-supporter-passionné Philippe Gastal, c'est bien l'ASSE ! ». En effet, St-Etienne reste unique - et toujours populaire auprès des amoureux du foot - grâce à son palmarès, sa légende qu'elle écrit au mitan des 70's, et son histoire, toujours en tête du classement en matière d'innovations (premier club français à organiser des déplacements par avion pour son équipe, à créer un centre de formation et à ouvrir une boutique). Aujourd'hui, il y a donc ce fameux « Musée des Verts », chargé de souvenirs d'un passé glorieux ou des moments sombres comme une caisse noire. Alors le VFC y est allé en tout début d'année, fier comme Pierre Haon, car il n'aurait manqué ça pour rien au monde. Quand même, c'est qui les plus forts après PSG ?

Adossé au pied des tribunes Jean Snella et Pierre Faurand, le musée sent le béton frais comme le stade Geoffroy-Guichard en rénovation pour accueillir l'Euro 2016. Un espace de 800m2 qu'il faut mériter tant la file de visiteurs est longue. Heureusement il y a le tube de l'époque à la gloire des Verts avec son éternel refrain pour assurer l'ambiance et l'attente dans la bonne humeur. Les gars à casquette aussi. Et tous ses supporters à ressasser leurs anecdotes (anciennes ou pas) avant de voyager dans la légende. A l'entrée, c'est Philippe Gastal en personne qui accueille le public. L'homme est affable et souriant, content de son coup et du projet qu'il a défendu auprès du Conseil général de la Loire et du club pendant une bonne dizaine d'années. Alors quid du résultat et de la fréquentation depuis l'ouverture ? « Pfff... c'est génial, répond le taulier des lieux avec une moue satisfaite. Ça ne désemplit pas et c'est tous les jours comme ça. Les gens viennent de partout ». Une marée verte en quelque sorte, qui déboule de toute la France pour venir admirer un bon millier d'objets et environ cinquante mille photos numérisées consultables par les visiteurs. L'ensemble de la collection du musée, qui provient essentiellement de dons (trois-cent donateurs au total), est réparti en sept espaces d'exposition retraçant les différentes périodes, fastes ou moindres, de l'ASSE. C'est le début du voyage dans l'enfer vert à la sauce vintage. De l'apprentissage aux premiers succès (1933-58) jusqu'à l'ère moderne qui consacre la victoire en coupe de la Ligue, le public parcourt quatre-vingts ans d'histoire entre les coupures de journaux, les licences de joueurs, des crampons, des fanions, des maillots officiels (cent-cinquante au total)... C'est la ruée vers l'or vert où chacun (re)trouve son petit moment d'émotion. Le trophée du footballeur de l'année de Rachid Mekloufi (1966-67) sponsorisé par Byrrh, le ballon de la finale de la coupe de France 1962, un calendrier de la saison 1938-39... Pour le VFC, c'est surtout l'espace consacré à la période 70-80 qui donne la fièvre verte. « Y sont où ces putains de poteaux carrés » marmonne un type qui a toujours une dent contre les vieux bois écossais. Bah oui, tiens, où qu'y sont ? Il y a bien dans les vitrines les souvenirs qui retracent la fameuse épopée (1974-76) où l'on découvre aussi le célèbre maillot Manufrance porté par Gérard Janvion, et tout un tas de gadgets officiels produits par le club au plus fort de son hégémonie nationale (et européenne). 

Puis on remonte le temps autour de la Mercos à Curko. Les eighties pointent leur nez. Michel Platini et Johnny Rep arrivent dans le Forez. L'ASSE change de politique en misant sur l'achat de stars plutôt que (pour)suivre la voie de la formation. Entre strass et paillettes, il y aussi le maillot du chat Jean Castaneda. Purée, même pas une petite babiole de Christian Lopez pour mon frangin? Non, mais une salle des trophées bien remplie (une vingtaine) avec les répliques de la coupe de France et le « cadeau » de la Ligue de football récemment gagné. Les années-victoires avant la chute et sa période sombre post-caisse noire. La lose et des maillots qui virent au moche avec ce vert passant du fade au mauvais goût selon les saisons. Sympa quand même de (re)voir le Cake Rocher cerclé de rouge et, plus proche de nous, la tenue de Spiderman de Jérémie Janot. Le peuple fête toujours ses héros (il est d'ailleurs mis à l'honneur dans le musée avec un espace consacré aux supporters). A l'heure actuelle, hormis Benjamin « DFCO RPZ » Corgnet, c'est Christophe Galtier qui tient la baraque et y laisse des plumes de sa doudoune exposée en vitrine. Le dernier clin d’œil de ce musée chargé d'histoires, des vertes et des pas mûres, avant que d'autres belles pages ne s'écrivent et remplissent ce lieu désormais mythique, tout comme le stade qui l'abrite. Puis, c'est la fin du match après deux bonnes heures de visite. Mais bordel au fait, y sont où ces poteaux carrés ? Pas vu. Mince, c'est vraiment vintage football con ce truc.

Liens et infos :
http://www.museedesverts.fr
http://www.lesvoyagesenballon.fr/SAINT-ETIENNE

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PARC. Le documentaire sur l'histoire des tribunes du PSG.

« Notre histoire deviendra Légende ». Lorsqu'ils étendent leur banderole pour la première fois au cours de la saison 1986-87, les Boulogne Boys ne croient pas si bien dire. Deux décennies plus tard, le plan Leproux (suppression des abonnements aux ultras des tribunes Boulogne et Auteuil) et la répression aveugle menée à l'encontre des associations de supporters parisiens (dissolution des groupes) sont passés par là.
Et l'arrivée des financiers Qatari, biens plus intéressés par le potentiel économique que les grandes dates historique du club, n'a rien fait pour arranger les choses. L'enceinte de la Porte d'Auteuil, hier si pleine de ferveur et véritable cauchemar pour les équipes adverses, a perdu son âme. La Direction du PSG ignore les anciens (comme l'ancien président Daniel Hechter). Elle refuse aussi tout dialogue avec la frange la plus fidèle du club - ses véritables supporters - en privilégiant une ambiance aseptisée dans son stade, sans foi ni passion, parce que les vrais passionnés sont désormais réduits à manifester dans la rue alors que les familles (grâce à une politique de tarifs préférentiels) ont investi les travées du Parc pour y consommer un spectacle, et surtout beaucoup de maillots floqués à la fin.

Le documentaire de William Touitou et Jérôme Bénadiner (When we were kids production) revient sur les grandes heures des tribunes parisiennes. Mis en ligne sur internet depuis août 2012 (300 000 visites) et désormais disponible en dvd, il est sorti le 23 décembre dernier, « Parc » est une plongée dans le temps et la malle aux souvenirs des fans parisiens. Un manifeste pro-supportériste qui retrace 30 ans d'histoire, avec ses joies, ses drames, ses faits divers, et surtout cette ferveur qui illumine la ville lumière et son stade les soirs de matches. Tous les invités de choix, et ils sont nombreux à participer au projet (joueurs, journalistes et leaders des tribunes), sont unanimes. Le Parc, c'était un style. Une ambiance unique dont la genèse remonte à l'été 1978 avec l'opération « jeune supporter ». Une idée de Guy Adam. Dix balles, dix matches gratos pour les moins de seize ans. Les gamins sont alors parqués en tribune K puis émigrent ensuite à Boulogne où ils commencent à s'organiser, sur le modèle britannique. Le KOB est né. Les premiers chants et fumis apparaissent en même temps que les premiers incidents. La tribune, populaire et apolitique à la base, est victime de son succès et attire les curieux de tous bords. C'est l'arrivée des premiers skinheads à tendance nationaliste vers 82, qui se montrent très actifs dans les travées malgré la création des Boulogne Boys, le premier groupe ultras à Paris, au mitan des années quatre-vingts. Ambassadeur de l'ambiance, le groupe se divise rapidement (création des Gavroches et Firebirds) sans trop perturber la cohésion de la tribune. Elle sauve bien souvent des matches ternes après le titre de champion (1985). Les années lose avec l'odeur de la descente. Cinq, six, sept mille spectateurs de moyenne, la plupart massés à Boulogne. Le glas sonne sur les années Borelli au début des années quatre-vingts-dix, lâché par le KOB qui réclame la démission de l'éternel supporter du PSG. Canal + arrive avec l'argent et ses idées. Comme celle de favoriser, à coups de subventions, la création d'associations d'ultras dans le virage Auteuil, bien terne à l'époque. Les Supras, Tigris Mystic débarquent, influencés par les tifosi, la plupart des membres sont des déçus de Boulogne qui plonge alors dans une dérive nationaliste. Les crânes rasés, tous juste une centaine,dirigent la tribune pendant que les historiques, Boys et Gavroches, font de la résistance. C'est le début de la rivalité entre le VA et le KOB qui débouche sur une guerre lors du dixième anniversaire des Tigris Mystic. Motif de la fâcherie, une banderole : « l'avenir est à nous ». A Boulogne, on serre les poings et la tension monte (incidents à Auxerre, au stade de France, au Mans...) jusqu'à la mort en 2010 d'un membre du KOB après une fight à Auteuil entre les deux virages après un classico . Un acte qui signe la mort des associations avec la réaction arbitraire du gouvernement et des dirigeants du club. Les ultras boycottent depuis le Parc des Princes, quand ils ne sont pas interdits de stade, et continuent à mener quelques actions contre le club et la direction quatari.

Les témoignages des principaux acteurs des tribunes sont les plus intéressants. Déterminés, revendicateurs (les syndicalistes du club en quelque sorte) et souvent nostalgiques d'une certaine époque. Des PSG-Real. Ou plus loin encore, ce fameux PSG-Nantes de 1981. C'est la coupe de France et pour la première fois, les spectateurs présents sont entièrement derrière les Parisiens. L'acte fondateur de l'identification d'un public à son équipe, pas encore démenti aujourd'hui malgré le niveau virage emprunté par ce nouveau Paris Saint Germain. « Avant, ici, il n'y avait rien » a balancé Zlatan sans savoir. Il y avait juste un Parc qui supportait et soutenait son équipe à la vie, à la mort. Un stade qui vibrait. « Et pas dans cet état » lâche Bouquin, ancien porte-voix des Rangers, en cachant ses trémolos. La version dvd enrichie de bonus (une heure au total) avec un bêtisier et des interviews exclusives de Ginola, Simone, Hervé Mathoux, Daniel Hechter et bien d'autres ne saurait trop le consoler. Un documentaire à se procurer cependant absolument d'urgence, supporter ou non du PSG. Juste pour comprendre la passion et le dévouement, et combattre une image salie par les incidents. Le Parc, c'est aussi de belles images (nombreuses tout au long de ce sujet fort documenté) comme la réception de Liverpool en 96, le match retour contre Steaua. Et surtout cette putain d'ambiance. Le mot de la fin appartient à un vieux taulier des lieux. « Quand j'ai vu le Parc pour la première fois, se souvient Safet Susic, je me suis dit que c'est là que j'ai envie de jouer ». Voilà, ça c'était Paris. Aujourd'hui, on vient y jouer pour des raisons différentes.
PARC (DVD, When we were kids production, 2013).

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