La grosse cylindrée de ZBIGNIEW BONIEK et la délégation polonaise.

Un petit air de Magnum pour Boniek et ses copains.

Après avoir obtenu son visa pour l'Espagne les doigts dans le nez en remportant tous ses matches dans un groupe plutôt faiblard (RDA et Malte), la Pologne entame au début de l'année 82 sa préparation pour la coupe du Monde par une tournée en Italie, futur adversaire des hommes d'Anton Piechniczek. Loin des remous et de l'état de siège instauré dans le pays par le très lunettes noires pour nuits blanches général Jaruzelski, qui réprime par la force et dans le sang opposants au régime communiste et militants du syndicat Solidarność, la sélection polonaise coule des jours heureux dans la Botte. Au programme, quelques rencontres amicales avec des équipes locales (Modène, Inter et la Roma). L'occasion pour le sorcier Piechniczek de prendre la température de son groupe - il emmène 19 joueurs au total - qu'il juge un peu vert et inexpérimenté hors de ses bases, et d'acclimater ce dernier à un public chaud et hostile qui l'attend en Espagne : « Mon équipe est jeune et son rendement trop inconstant, d'où la nécessité de faire jouer mes hommes autant que possible à l'extérieur pour les habituer à sentir le soutien d'un public fervent ». Voilà pour la version officielle, l'autre est à chercher ailleurs, du côté des usines de la marque au cheval cabré à Maranello.

Piechniczek file à l'Anglaise. Ses joueurs feront du stop - Zmuda et Enzo Ferrari

Profitant de la rencontre qui l'oppose à Modène en début de stage, les Polonais foncent à quelques kilomètres de là pour visiter les infrastructures de la scuderia Ferrari, sur invitation du « Commendatore » en personne, lequel n'a pas tout à fait rompu le lien qui unit son histoire à celle de la Pologne. Une rencontre émouvante qui ravive la mémoire du vieux Enzo Ferrari : « Pendant la guerre, j'ai caché trois Polonaises dans l'une de mes maisons. L'une d'entre elles était d'origine israélienne. Je suis athée mais je me rappelle encore de la croyance de ces trois personnes, du sens de la Religion que j'ai moi-même ressenti lors de l'attentat contre le Pape, un autre Polonais qui a fait preuve de son grand esprit de charité ». L'ingénieur ne mégote pas avec les présentations et, pour un peu, tirerait presque les larmes aux yeux de la délégation polonaise, surtout éblouie par la beauté des bolides rouges. Même quand il parle calcio et évoque le rendez-vous espagnol, Enzo Ferrari tire sur la corde sensible : « Pour ceux qui suivent la chose très sérieusement, la Pologne est notre adversaire le plus dangereux. Dans le sport comme dans la vie, rien n'est le fruit du hasard. Tout, au contraire, dérive de l'engagement mis en chaque chose. Les Polonais doivent apprendre cela ». Pour traduire, les hommes de Piechniczek doivent croire en leur chance. En attendant, Boniek et ses copains veulent bien croire au bon dieu et prient de tout leur cœur : « Mais bordel, quand est-ce que je vais pouvoir grimper dans la tire et monter dans les tours ? » C'est pas tous les jours qu'un Polonais touche une Ferrari du doigt. Même pas en rêve.

La délégation polonaise avec Il Commendatore.

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