BIO EXPRESS DEGRADABLE. Lutz Eigendorf.

LUTZ EIGENDORF.
Lutz Eigendorf naît à Brandenburg an der Harvel, pas très loin de Berlin, le 16 juillet 1956. Il a cinq ans lorsque les dirigeants politiques de la toute jeune RDA (1949) décident d'ériger un Mur de protection antifasciste entre l'Est et l'Ouest (1961). Manque de bol pour lui, il se retrouve du mauvais côté et voit sa vie bouleversée par les contraintes et le manque de liberté. Il mise alors tout sur le football pour s'échapper un peu et rêver à une vie meilleure.

Lutz Eigendorf à l'époque du Berliner FC Dynamo.

Formé au Motor Süd Brandenburg, il est vite repéré par les agents recruteurs du BFC Dynamo - le Dynamo de Berlin - qui est avant tout le club du Ministère de la Sécurité d'Etat présidé par le chef de la Stasi, Erich Mielke. En RDA, toute entité précédée du terme dynamo est en général cornaqué par la police secrète. Il y fait ses classes à partir de 1970 dans les équipes de jeunes et intègre naturellement l'équipe fanion du Stasi-club - surnom donné par les fans adverses - en 1974. Pendant cinq saisons, Lutz Eigendorf fait le boulot comme un bon ouvrier, sans obtenir spécialement la médaille du travail, mais récompensé quand même par une première sélection en équipe nationale de RDA - le 30 août 1978 - contre la Bulgarie (2-2) qu'il fête par un doublé. Eigendorf marque les esprits mais le sien est déjà ailleurs. Un peu à l'Ouest en fait.


Le 20 mars 1979, Lutz profite d'un voyage en RFA pour y rester définitivement à l'occasion d'un match amical à Kaiserslautern. C'est le premier déplacement à l'Ouest pour le Dynamo. Pour les fonctionnaires de l'Etat communiste, c'est une affaire risquée. Les joueurs du BFC sont alors soumis à une séance de brainstorming de deux jours par des membres de la police, de l'armée, de la fédération et du gouvernement juste avant leur départ la veille du match. Histoire de canaliser toute éventuelle tentative de fuite, un petit coup de pression ne fera de mal à personne. Après la rencontre et une nuit à l'hôtel, l'équipe prend le bus pour le voyage du retour. C'est lors d'une halte à Giessen, proche de la frontière, que Lutz Eigendorf décide de se faire la belle. Il saute dans un taxi et ordonne au chauffeur de mettre les gaz. Un acte spontané qui laisse derrière lui une petite fille (Sandy, 2 ans) et sa femme Gabriele restées à Berlin. En signe de représailles, la Stasi ordonne une procédure de divorce rapide du couple séparé par le rideau de fer, et colle sa femme et sa famille sous étroite surveillance. Un agent de la police secrète est même chargé de séduire Gabriele et l'épouser afin de l'éloigner définitivement de son mari. A l'Ouest, le footballeur-réfugié est suivi par trois agents. Karl-Heinz Felgner, un ancien boxeur et ami du joueur, est même autorisé à passer le Mur pour l'espionner tout en concédant avoir quitté la RDA légalement parce que considéré comme un citoyen indésirable.

La carrière de Lutz Eigendorf prend du plomb dans l'aile après son exil. La FIFA le suspend un an pour avoir déserté son club. Politique et football ne font pas bon ménage. A la fin de sa suspension, il signe un contrat au FC Kaiserslautern et débute sous ses nouvelles couleurs lors de la saison 1980-81. En fait, Eigendorf s'adapte mal à son équipe sur le terrain ou pense peut-être un peu trop à son nouvel amour. Au terme l'exercice suivant (1981-82), il est transféré à l'Eintracht Braunschweig où il assure le minimum syndical (8 matches). Et pour cause. Le 5 mars 1983, Lutz Eigendorf est victime d'un accident de la route. Il se crashe contre un arbre avec son Alfa Romeo et décède 2 jours plus tard d'un traumatisme crânien. L'autopsie révèle un taux d'alcoolémie important dans le sang. Or, pour les témoins présents ce soir-là, Eigendorf n'a bu que deux bières avant de prendre le volant. En réalité, l'ex-joueur du Dynamo a été victime d'un guet-apens orchestré par la Stasi (Erich Mielke qui n'a jamais supporté que son joueur passe à l'Ouest lui colla jusque 50 informateurs sur le dos !). En cette funeste soirée du 5 mars, Lutz Eigendorf est enlevé par un agent de la Stasi qui le force à picoler une boisson quelque peu trafiquée agissant sur le cerveau, sous la menace d'une arme. Pris par la peur et sonné par le cocktail made in DDR, Eigendorf prend sa caisse pour rentrer chez lui quand un deuxième agent, posté dans sa voiture en sens inverse, l'attend au sortir d'une courbe pour lui planter ses phares en pleine poire. Perte de contrôle, sortie de route puis le trou noir pour Eigendorf. Une méthode classique en Allemagne de l'Est pour faire disparaître des suspects sans être accusé d'assassinat par la suite...

Une Italienne qui tient pas la route.

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